Les banques françaises à la croisée des chemins

 

Bertrand Jacquillat

Jean-Hervé Lorenzi

Olivier Pastré

Professeurs à l’Université

 

 

« La crise est finie ». Un hebdomadaire économique a fait sa « Une » sur ce titre il y a quelques semaines. Cet hebdomadaire devrait aujourd’hui présenter des excuses à ses lecteurs. Car la crise bancaire mondiale, non seulement n’est pas finie, mais ne fait que s’amplifier.

 

Certains des stigmates de cette crise sont connus : au cours des derniers jours, le dépôt de bilan de la banque américaine Indymac  le sauvetage in extremis de Freddie Mac et Fannie Mal, opéré par l’Etat américain, l’offre de démission des deux principaux dirigeants du Crédit Agricole, le départ précipité du patron de Wachovia. Et cela avant même que commence la série des annonces de résultats du premier semestre 2008 que les principaux analystes anticipent comme « extrémements préoccupants ».

 

Mais d’autres stigmates de cette crise sont encore, à ce jour, inconnus ou, au mieux, incertains. Ainsi en est-il des comptes des compagnies d’assurance, protégées certes par des règles comptables plus souples que celles des banques, mais grosses consommatrices de produits de titrisation entre 2002 et 2005. Ainsi en est-il aussi de l’impact – encore limité à ce jour, mais pour combien de temps ? – du ralentissement économique sur les comptes bancaires. Dans cette tourmente, des interrogations se font jour sur la solidité des banques françaises.

 

Il est temps d’affirmer que, dans la déroute bancaire généralisée, les banques françaises sont parmi les plus solides du monde. Le système bancaire français se distingue de celui de ses principaux concurrents sur cinq points au moins. Tout d’abord, des errements moins nombreux que ceux de ses homologues américains, anglais et espagnols en matière de financement de l’immobilier. Ensuite un effort de transparence des comptes que de nombreux pays pourraient nous envier. Troisièmement, un niveau de fonds propres (après recapitalisation) à faire pâlir de jalousie de nombreuses  banques américaines. Plus généralement, un poids relatif des banques mutualistes qui met une part importante de notre système à l’abri des convoitises boursières de ses concurrents. Enfin, une structure industrielle organisée autour de sept principaux acteurs qui rend toute recomposition nouvelle au mieux inutile, comme en a récemment témoigné l’abandon, par la BNP, de son projet de rapprochement avec la Société Générale.

 

Si l’on prend un peu de recul, la situation de nos principaux concurrents paraît moins enviable que la nôtre. Ne parlons même pas de l’industrie bancaire américaine, en complète déconfiture, qui justifie les projets de réformes, de plus en plus ambitieux au fil des mois, proposés par le Secrétaire d’Etat au Trésor, Henry Paulson. Au plan européen,  le secteur bancaire allemand apparaît de plus en plus archaïque ; l’italien a beaucoup de mal à sortir d’une longue période de glaciation et de protectionnisme occulte ; l’anglais et, à moindre degré, l’espagnol peinent à s’affranchir de pratiques bien peu concurrentielles, qui ont fait leur précaire fortune avant que n’intervienne la crise des « subprime ». Il n’est parfois que de regarder ses concurrents pour se convaincre que la situation de la France, en matière bancaire, ne justifie aucun « déclinisme ».

 

Ceci ne veut pas dire que les banques françaises n’ont pas, elles aussi, de multiples défis à relever. Si elles ont été moins « greedy » (avides) que la plupart de leurs consœurs, elles sont plus exposées au risque des rehausseurs de crédit que les autres. Par ailleurs, la concurrence des banques des pays émergents les impacte autant que toutes les autres banques. Enfin, elles restent d’une taille, à l’échelle mondiale, qui est clairement sous-optimale. La solution à ce dernier problème, le plus grave pour l’avenir, ne passe pas par des recompositions à l’échelle nationale qui feraient nécessairement jouer d’importantes déséconomies d’échelle. Mais, au contraire, par une expansion internationale de chacune des banques françaises, menée, certes, avec prudence (rappelons-nous les mauvaises surprises liées au démantèlement d’ABN Amro en Hollande), mais aussi avec détermination, en cette période de « soldes » boursières. Enfin, dernier défi, et non des moindres, lutter contre l’exclusion bancaire (aussi bien des particuliers que des PME) au moment même où le mouvement de réintermédiation bancaire généralisée ne pourra pas ne pas conduire à un « crédit crunch » dont seul le momentum et l’ampleur reste inconnu à ce jours.

 

En ce lendemain de 14 juillet il nous est apparu nécessaire de rappeler la « confiance » qu’il nous fallait renouveler à notre industrie bancaire. Tout en rappelant avec force les défis planétaires qu’il lui reste encore à relever…

 


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