Le Patrie… autisme économique

 

Olivier Pastré

Professeur à l’Université

de Paris VIII

 

 

La France se couvre, une fois de plus, de ridicule. Cet été, tous les politiques s’étaient « levés pour Danone », érigeant le « roi du yaourt » au même rang que les entreprises travaillant pour la Défense Nationale. Avec Hewlett Packard, le Président de la République a a offert à Manuel Baroso, le très libéral patron de la Commission, le plaisir de nous rappeler, avec un brin de condescendance mais une très grande justesse, que celle-ci ne peut rien faire pour empêcher une entreprise européenne de licencier. Preuve s’il en était besoin de la baisse du crédit politique de la France à Bruxelles.

 

Nous avions eu « la préférence européenne » lors du discours de politique générale du Premier Ministre. Nous avons maintenant le « patriotisme économique » déclaré par le Premier Ministre « plus moderne que l’idée pasteurisée du chef d’entreprise international ». On croit rêver… L’économie s’accommode mal de la poésie. Commençons donc par savoir de quoi on parle. Il existe trois formes de « patriotisme économique » possibles. Le social : c’est le cas Hewlett Packard mais c’est aussi la préférence nationale en matière d’emploi public (7 millions d’emplois en France sont ainsi sanctuarisés). L’industriel : c’est le cas Danone (ou, avant lui, Aventis) mais c’est aussi le cas de la directive anti-OPA, libéralisée quand la Gauche était au pouvoir et que la Droite s’efforce, aujourd’hui, de durcir. On croit, à nouveau, rêver… Enfin, le technologique : c’est le contrôle exercé sur la vente d’entreprises opérant dans huit secteurs jugés stratégiques, comme la défense ou les biotechnologies (et même, on ne voit pas très bien pourquoi, les… casinos)

 

Le « patriotisme économique » mal géré se révèle, au mieux, inefficace, ridicule et contre-productif. Inefficace car, Baroso vient de nous le rappeler, l’Europe ne peut plus rien contre les investissements étrangers. Ridicule ensuite parce que, au moment où l’on recherche à promouvoir l’« attractivité » de la France, les vertus du double langage paraissent bien difficiles à défendre. Ridicule alors même que la multinationalisation est encensée, dès lors que Pernod-Ricard achète Allied Domecq, que Suez prend le contrôle du belge Electrabel ou qu’Euronext part à la conquête de la Bourse de Londres ou de Francfort. Et ridicule si l’on se rappelle que, lorsque Renault a acheté Nissan, il a procédé à 21 000 licenciements. Contre-productif enfin, car, depuis Colbert, la France a payé fort cher, en mesures de rétorsion, son protectionnisme tatillon.

 

Ne soyons pas candide pour autant. Tous les pays riches sont aujourd’hui protectionnistes. Les États-Unis en premier, avec leurs quotas sidérurgiques et textiles aussi bien qu’avec leurs subventions agricoles et aéronautiques. De même l’Allemagne, avec sa loi qui protège Volkswagen et l’Italie, avec son Gouverneur de la Banque d’Italie, Antonio Fazio, qui a, au prix de son poste, défendu l’« italianité » de « ses » banques.

 

La solution dans ce domaine ne doit en aucun cas être cherchée dans les effets de manche. Mais, au contraire, de manière feutrée et sur le terrain. En matière sociale, en redéfinissant les mesures d’accompagnement social des délocalisations. En matière économique, en renforçant (au lieu de la vassaliser à la DATAR) la Mission Interministérielle sur les Mutations Économique et en encourageant les Français à investir en actions. Sur le plan technologique enfin, en « boostant » véritablement les dépenses de Recherche et Développement.

 

En matière de patriotisme économique, comptons moins sur les effets d’annonce que sur les annonces suivies d’effets. Et espérons, s’il faut à tout prix céder au lyrisme pour être entendu par le Premier Ministre, au moment même où l’on réfléchit à une nouvelle Marseillaise, qu’enfin un « sang, non pas impur mais productif, abreuve nos sillons »…

 

 

 


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